AVANT-PROPOS
En
janvier 2005, vingt-quatre leaders canadiens du
mouvement des bénéficiaires-survivants en santé
mentale et un chercheur sympathique à leur cause se
sont rencontrés à Niagara Falls, Ontario. Ce groupe
avait comme objectif de mettre sur pied les assises
d’une coalition nationale qui mettrait en valeur le
potentiel des bénéficiaires-survivants en santé
mentale.
Lors de cette rencontre historique, les discussions
ont touché l’histoire du mouvement et la nécessité
de documenter nos luttes et nos acquis;
l’objectif visé : comprendre le passé et
poursuivre des projets réalistes. C’est au cours de
cette rencontre qu’Eugène LeBlanc et Nérée St-Amand
ont décidé d’unir leurs efforts pour effectuer ce
travail au niveau du Nouveau-Brunswick. Leur
but dès le départ était de documenter leurs
recherches et de les publier sous forme de livre.
Depuis ce moment historique, ces deux chefs de file
nous ont informés régulièrement de l’avancement de
leurs travaux. Nous étions tous très contents
d’apprendre qu’ils avaient retrouvé de nombreux
documents inédits. Leur enthousiasme contrastait
avec la peine et la douleur ressentie lorsque nous
apprenions comment plusieurs des nôtres avaient
souffert en institution, alors que, souvent, ils
étaient traités comme des animaux… Même si nous
connaissons les méthodes de traitement de la
psychiatrie, tant ici qu’ailleurs au monde, trop
peu d’évidence existe et est publiée, ce qui fait
en sorte que le public ne connait pas nos
souffrances.
Lire ces pages m’a fait revivre la douleur,
l’horreur même que j’ai vus tant de fois dans les
yeux de mes collègues. J’ai mieux compris la
souffrance de tant de gens qui n’ont plus d’espoirs
et qui sont exclus de notre société. Je tremble en
pensant que ce Canada dont je suis si fier est le
même pays qui a détruit, trop souvent, des
personnes innocentes en laissant faire ceux qui ont
le pouvoir de détruire des vies.
Ce texte fait ressortir les limites du système
actuel, ses failles au niveau des services, son
manque d’appui aux personnes, sa confiance en un
modèle biomédical. Depuis longtemps et encore
aujourd’hui, nos gouvernements ont trop peu investi
au niveau des besoins réels des gens qui ont un
diagnostic psychiatrique; ce livre le démontre
clairement.
J’estime que ce livre doit être lu par tous ceux et
celles qui étudient tant les systèmes de santé que
les services sociaux, ceux qui veulent comprendre
le passé et apprendre des façons de créer un avenir
meilleur pour répondre aux besoins des gens qu’ils
desservent.
Eugène et Nérée, toute mon appréciation! Vous avez
relevé le défi ! Certes, chaque page nous fait
revivre plein d’émotions, mais en plus, vous mettez
en valeur la sagesse des gens qui nous ont
précédés. Félicitations à vous deux pour cet
excellent travail.
Constance McKnight, FGA,
Directrice générale, Réseau national pour la santé
mentale